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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 20:24

 

Dès que vous débarquez du bateau, le Napoléon bien sûr, l'ambiance corse vous frappe.
Corsica bella non seulement, mais Corsica piana en plus; Ici le temps ne se mesure pas comme sur le continent et même si les heures font soixante minutes, il faut bien dire que ce ne sont pas les même minutes qu'ailleurs.
Les corses ont leur rythme de vie et le continental tout plein de stress et d'accélérations est assez surpris mais, ou bien il s'adapte ou bien…il s'adapte.
" Hé? On ne va pas refaire nos gènes pour les pinzuti, non ?" Me disait souvent un ami d'Ajaccio vivant dans l'Hérault.  
Mais les corses sont des gens merveilleux pour peu qu'on les respecte.
Ceci est vrai, en général,  pour toutes les régions du monde trop battues par le tourisme de masse mais c'est particulièrement sensible dans l'ile qui a vu naître Bonaparte et Pascal Paoli : des gens qui avaient placé l'honneur bien en dessus de l'étroitesse d'esprit de certains vacanciers outranciers qui estiment que l'argent permet l'irrespect.
Heu… je vais vous donner mon avis : ces gens là se trompent…
Hébergé à Ajaccio par la famille de cet ami héraultais, je suis tout de suite pris en charge par le fils de la famille, Pascal, (on prononce Pascalé) qui est fier de me montrer que l'hospitalité corse n'est pas un vain mot. Les deux premiers jours il me trimbale d'habitations en bars uniquement pour me présenter fièrement à ses amis.
A la sortie de chaque présentation, il m'explique que celui là c'est un cousin avec qui on parle parce que on ne parle plus à l'autre branche de cousins…
J'avoue qu'au bout d'un moment je suis un peu largué mais je retiens que Pascalé a beaucoup de cousins.
Ce n'est qu'au bout du troisième bar où j'insiste lourdement pour pouvoir payer ma tournée que son regard s'ombrage et que de ses lèvres pincées sort un "basta, ici tu es invité"  qui me fait bien comprendre que mon blé, je peux me le carrer où je veux.
On m'expliquera plus tard que j'avais frisé l'affront : "basta" étant le dernier signal avant la rupture.
J'avais réussi à surprendre quelques trinqueurs, lorsqu'ils levaient leur verre d'un "pace e salute", je rajoutais
-        Et que nos femmes ne soient jamais veuves, peuchère!
-        Hé, un pinzutu qui a de l'humour, c'est rare!
Comme ça, j'avais l'impression d'être accepté mais juste de la première couche car un proverbe corse dit "si tu veux connaitre quelqu'un, mange un kilo de sel avec lui", quant à être accepté… ce devait se jouer sur un nombre de générations comme dans tous les microcosmes iliens, je suppose.
Prétextant un manquement grave à mon honneur, je réussis enfin à obliger Pascalé à se laisser inviter à manger. Nous voici entré dans un restaurant de la rue des halles d'Ajaccio, tenu par un cousin bien sûr, et accueillis en amis comme il se doit:
-        Hé Pascalé, come esta ?
-        A ti passi Doumé ?
-        Vabé, vabé et tu? Et sans attendre la réponse il me présente, c'est un amicu d'Antoine, tu sais, mon cousin de Vénaco?
-        Ha oui, Antoine, le fils de Ange?
-        Hé oui
-        Y'a long que t'as pas vu Ange?
-        L'an dernier pourquoi?
-        Ho pour rien, pour rien… Ce genre de réponse qui n'en est pas une doit normalement appeler d'autre questions mais les yeux se sont compris: Ange a un souci, inutile de s'étaler.
Nous somme en train de finir notre pastis quand un curieux bonhomme entre dans le resto et va se coller au bar. Il est tout petit, tout maigre, tout insignifiant, tout mal coiffé, mais, en bandoulière, il trimballe une espèce d'énorme poste de radio enregistreur dont le micro est bien calé dans sa main. A sa façon de le tendre en avant comme une lance, on a l'impression qu'il essaie de se cacher derrière. Son accent ne laisse aucun doute sur sa provenance : un pariginu.
-        Heu, c'est vous le patron de ce restaurant ?  Doumé le regarde comme un chien regarde une merdouille puis l'ignore
-        Je… j'aimerais vous demander la recette de votre sanglier à la corse, c'est pour France bleue Calvados
-       
-        Monsieur, s'il vous plait se met à geindre le mal coiffé
-        Tiens, ils savent dire "s'il vous plait" dans leur pays nous dit Doumé, toujours sans regarder l'insignifiant peut-être qu'on leur a pas appris à dire bonjour ?
-        Allez monsieur, soyez sympa je fais un stage dans votre belle ile
-        Doumé fait semblant de réfléchir longuement
-        Allez monsieur, soyez sympa
-        La recette du sanglier à la corse? Ma… je me rappelle plus, je la tiens de ma mère qui la tenait de la sienne
-        Mais, vous savez bien ce que vous mettez dedans, non ?
La belle figure de notre hôte commence à rosir puis à franchement rougir
-        Dis, il a fini de me gonfler l'asticot? Je t'en pose moi des questions, moi ? La recette de mon sanglier elle est secrète! Et tu veux pas que je te donne mon restaurant, aussi, non ?
A cet instant une petite bonne femme sort des cuisines
-        Allons Doumé calme toi, et vous, monsieur, vous allez me l'énerver, alors allez poser vos questions au restaurant d'à côté, il aura le temps de vous répondre car y'a jamais personne chez lui; c'est un italien
Au large sourire de Doumé et de Pascalé je comprends qu'ici les italiens ne sont pas en odeur de sainteté.
Nous mangeons donc de ce fameux sanglier qui est succulent et, à la fin du repas, j'appelle la serveuse et lui demande de servir un apéritif au patron qui vient, son verre à la main, nous faire la causette.
-        Dites patron, m'aventure-je à part les carottes, l'oignon, le vinaigre, les clous de girofle, le laurier, le genièvre et le vin de la marinade, qu'est-ce que vous y mettez de plus dans votre sanglier?
-        Hé, hé ! C'est pas marqué dans les livres, mais je rajoute un peu de miel pour adoucir le goût! Puis s'apercevant de sa gaffe il lance à Pascalé
-        Il est rusé ton copain, mais au moins c'est un connaisseur qui apprécie et non pas un pilleur de traditions !
C'est en sortant que Pascalé me dit:
-        Tu as bien joué le coup, tu te débrouilles pas mal pour un pinzutu fraichement débarqué
-        Ho, tu sais Pascalé, ce n'était pas bien difficile : la passion de la cuisine existe partout et il faut être passionné pour travailler à l'ancienne comme ton cousin Doumé …Alors, faire parler un passionné de sa passion est vraiment à la portée de tous.
-        Sauf des pilleurs de tradition rigole Pascalé
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  • : Marcus Santner
  • : La fée Lée qui s'est penchée sur mon berceau avait un lumbago carabiné mais elle m'a appris que même n'étant pas le meilleur, on peut sourire du pire.Ainsi, l'humour des mots m'a pris très jeune et ne m'a jamais lâché.Pourvou qué ça doure.
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