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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 07:37
En Corse, les virages de la route n'incitent pas à la sieste, mais Pascalé se débrouille comme un pilote sauf qu'il ralenti beaucoup avant chaque virage; Je me demande bien pourquoi jusqu'au moment où, en pleine boucle, nous tombons nez à mufle avec une superbe vache qui nous regarde en rigolant, me semble-t-il.
Patiemment Pascalé la fait se ranger à petits coups de klaxon.
-        Hé, je la ménage, c'est la seule vache de l'ile me dit-il dans un demi sourire
-        La seule de l'ile ? Tu plaisantes ?
-        Ha, tu ne sais pas ce qu'on raconte sur le continent ?
-        Heu… non ?
-        Qu'en Corse c'est la même vache qui sert à tous pour toucher les subventions …
Je ris de la boutade d'autant plus que nous croisons une autre vache dix kilomètres plus loin; Mais à la réflexion je n'en vois pas beaucoup plus, des vaches subventionnées…
Nous avons pris la route pour aller rendre visite à l'oncle Ange, celui de Vénaco qui à un souci. Sans bien vouloir s'étendre sur le sujet, Pascalé m'a avoué que le souci de Ange c'est Maria, sa fille.
-        Elle … comé dicé ?  elle…enfin…  elle a le feu au dargeot, comme vous dites sur le continent
-        Tu appelles ça un souci?
-        Hé, amicu, n'oublies pas que nous sommes sur une terre où le sens de l'honneur est plus haut que le Monte Cinto
-        Tout de même ne puis-je m'empêcher de rajouter
-        En plus, Ange est très susceptible
J'ai presque envie de faire remarquer à mon hôte qu'ici c'est une norme obligée, mais je me ravise de peur qu'il le soit aussi.
-        Et puis, il se dit dans la famille que Ange aurait du sang italien à cause d'une grand-mère du côté paternel
-        Qu'est-ce que ça change? M'étonne-je
-        Hé ? honneur ça rime pas trop avec Italie Un Michel ange passe.
Deux cents vingt virages et trois vaches plus tard, nous voici à Vénaco; mon chauffeur se gare devant une villa magnifique et une femme très belle, dans son ensemble noir, nous accueille les bras grands ouverts.
-        Pourquoi ne nous as- tu pas prévenus de ta visite? sermonne-t-elle son neveu avec un superbe sourire
-        Ho bé, ma tante, ça c'est décidé au dernier moment, pourquoi ? L'oncle est absent ?
-        Heu…non, il est là, entrez je vais rajouter deux couverts dit-elle sans nous demander notre avis
Le repas a débuté par une charcuterie fine et gouteuse que jamais je n'avais mangée ailleurs: saucisson de sanglier, lonzu et coppa qui n'ont rien à voir avec leurs homologues vendus dans le commerce.
-        Hé, ça ne supporte pas le voyage, alors on se le garde pour nous me dira plus tard Pascalé.
Je dis plus tard, parce que pour le moment personne n'a ouvert la bouche, sauf pour manger, et surtout pas Maria qui jette constamment des coups d'œil en direction de son père.
Aux dires de son neveu, Ange, ce n'est pas un grand parleur habituellement mais là, il est simplement muet, dérogeant ainsi aux règles de bienséance lorsqu'un invité est présent.
Pascalé m'informera plus tard de la situation: nous étions arrivés comme un cheveu sur la soupe car Ange venait d'apprendre par Alberta que sa fille Maria était enceinte et pas mariée ; aie, aie, aie! Pécato mortalé aurait dit un italien…
Nous étions en pleine dégustation d'une omelette au bruccio quand, au dehors, un klaxon multi ton se met à carillonner un air ridicule; la tête de Maria plonge dans son assiette.
Alberta se lève pour aller accueillir le nouveau venu… suivie de Ange et de toute la troupe car apparemment le repas attendra.
Une voiture vient de s'arrêter devant la villa, mais pas la voiture achetée à crédit par monsieur tout le monde, non ! c'est une superbe Ferrari F430 rouge
De la voiture, s'extirpe un grand brun bien bronzé qui, tout de suite, se dirige vers Ange en roulant des hanches à la Maccione
-        Hé ? Bonjour monsieur, vous êtes le papa de cette magnifique jeune fille s'écrie-t-il en désignant Maria
-        Ange regarde l'hurluberlu sans piper mot
-        Vous a-t-elle parlé de moi et de notre histoire d'amour ?
-        Ange dégluti péniblement
-        Si je suis ici, monsieur, c'est que je ne suis pas homme à fuir mes responsabilités. Votre fille est très belle, comment ne pas l'aimer ? Et si je l'ai aimée plus rapidement qu'il n'aurait fallu, je le regrette mais je n'ai pas pu résister, c'est compréhensible, non ?
-        Silence de Ange
-        Malheureusement, je suis déjà marié à une autre femme qui tient à me garder…
-        Ange pâlit
-        Alora, pour assumer l'avenir de notre enfant, voici ce que je vous propose :
-        Premièrement si le bébé est un garçon, je verse cinquante mille euros à sa naissance, plus mille euros de rente tous les mois jusqu'à sa majorité et le jour de ses vingt ans, je lui achète un magasin d'armes sur le port à Bastia, c'est là où il se vend le plus de d'armes sur l'ile vu que les Bastiais sont un peu fous; c'est ce qui se dit à Ajaccio, en tous cas…
-        …  La glotte de Ange fait l'ascenseur cinq fois
-        Deuxièmement si c'est une fille, je verse cinquante mille euros à sa naissance, plus mille euros de rente tous les mois jusqu'à sa majorité et le jour de ses vingt ans, je lui achète un magasin de fringues sur le port à Ajaccio, c'est là où il se vend le plus de fringues sur l'ile vu que les Ajacciens sont un peu frimeurs; c'est ce qui se dit à Bastia, en tous cas…
-        Ange est d'une pâleur à faire rougir un Lepéniste
-        Alora, monsieur, que pensez-vous de ma proposition ? S'enquiert le bellâtre inquiet
D'un geste brusque, Ange sort alors une vendetta de sa poche et, le visage crispé par la détermination, il attrape l'homme, l'immobilise de son bras gauche; puis pose la lame effilée du couteau sur la gorge du bellâtre et se met à parler pour la première fois d'une voix sourde et un peu rauque
-        Hé, dis petit ,tu as oublié le troisièmement: si c'est une fausse couche, tu la re baises tout de suite…
C'est en redescendant vers Ajaccio que Pascalé fera cette remarque sibylline
-        Maintenant on a la preuve qu'il a aussi du sang italien dans les veines…
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  • : Marcus Santner
  • : La fée Lée qui s'est penchée sur mon berceau avait un lumbago carabiné mais elle m'a appris que même n'étant pas le meilleur, on peut sourire du pire.Ainsi, l'humour des mots m'a pris très jeune et ne m'a jamais lâché.Pourvou qué ça doure.
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