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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 12:59

http://static.universalmusic.fr/images/data/cache/bonus/photo/000/002/3020/48456-resizeAndFill-416x331.jpg

-        Non, les braves gens n'aiment pas que…

-        L'on suive une autre route qu'eux ! reprend le public conquis.

Il ne faisait pourtant de mal à personne, en suivant son chemin de petit bonhomme, l'artiste qui transpire et grimace de douleur ce 20 mars 1977 sur la scène de Bobino, la célèbre salle Parisienne où Georges Brassens a ses habitudes.

Comment me suis-je retrouvé ce soir dans cette salle mythique assistant au tour de chant du grand Georges Brassens ? Tout simplement en programmant l'oignon du passé mais cette fois-ci, j'ai volontairement omis d'emmener sa majesté Jambon 1er avec moi : l'énergumène risquait encore de me foirer un moment intense où l'émotion n'aurait pas supporté ses déraillements bébêtes.

Pour l'occasion je fais partie de l'équipe qui enregistre l'artiste pour produire un disque.

La soirée est fusionnelle au maximum entre Georges et ce public qui vient le voir sans discontinuer depuis cinq mois et ce soir c'est la dernière représentation de cette longue série.

Au premier rang, toute la vieille garde est là : de Pierre Onténiente alias Gibraltar à René Fallet en passant par Lino http://ace15.hautetfort.com/media/02/01/931252207.jpgVentura, celui qui prépare "la pasta" comme nul autre. http://www.georges-brassens.fr/reperes-chronologiques/vignettes/tmp8AC.jpg

Quant aux "jeunes", ils sont représentés par Philipe Chatel et Maxime Leforestier, bouillants fans inconditionnels qui applaudissent à tout rompre dès que possible.

Hélas, le grand Jacques n'est pas là, lui qui est en train de faire ses adieux à ses marquises si pacifiques pour venir mourir ici de n'avoir que trop fumé la vie par les deux bouts.

Parmi les absents qui n'ont jamais été présents, Jean Ferrat "l'insupportable stalinien" que Georges aurait pourtant aimé s'en faire un ami au même titre que Charles Trenet qui avait un peu repoussé ce voisin trop franc du collier.

Ho, pas vraiment de rancœur avec les deux autres poètes, juste une différence de point de vue : au premier, lui l'anarchiste forcené, reprochait son engagement trop politique car, disait-il, "la poésie ne doit pas se mêler des règlements de comptes et les concerts ne sont pas des meetings" quant au deuxième, ils avaient bien poussé la chansonnette ensemble lors d'émissions télévisées mais leur estime réciproque n'y avait pas trouvé son comptant pour prolonger le bail.

Un autre ami n'était pas là pour cause de départ précipité : Fernandel, enfant d'un port méditerranéen comme lui, à qui il avait fait un cadeau somptueux : chanter la chanson du film "Heureux qui comme Ulysse"; Tirée du poème "Regrets" de Joachim du Bellay, arrangée pour le film du même nom par son ami Henri Colpi qui réalisait ce chef d'œuvre de sensibilité et dont la musique de Georges Delerue collait pile poil avec le jeu de Fernandel et… du cheval Ulysse.

Brassens en est à sa douzième chanson, celle qui obtient toujours une acclamation de ces dames : "les passantes"; De ces dames et… de Lino Ventura qui en a une passion immodérée. Pour celle-ci, également, Georges n'a pas écrit les paroles qu'il a dénichée dans les bacs d'un bouquiniste des puces. Le poème faisait partie d'un recueil écrit par un soldat, Antoine Pol, dans les trachées de Verdun ou la patrie les avait tous envoyés mourir pendant quatre ans.

Georges avait demandé l'autorisation d'en faire une chanson à l'auteur et s'était entendu pour une entrevue, mais celui-ci est mort la veille de leur rencontre.

Décidément, la camarde a toujours accompagné le destin du poète.

http://www.georges-brassens.fr/reperes-chronologiques/vignettes/tmp1A9.jpgFilmant dans les coulisses, je vois la figure inquiète de Pierre Nicolas, son inséparable contre bassiste depuis toujours.

Bon, d'accord, il fait chaud et Georges supporte de moins en moins la chaleur mais parfois, il lance un regard de supplicié vers son ami ; nul, dans l'assistance, ne le remarque.

Personne n'ignore que ses coliques néphrétiques le titillent méchamment mais, après tout, il les a toujours rendues presque supportables à grands coups de piqures.

Personne ne sait encore que le crabe a commencé à le ronger, même pas lui qui met ses douleurs sur le compte de sa vieille ennemie, la néphrite.

La camarde attendra bien un peu disait-il à son entourage.

Mais cette fieffée salope avait déjà choisi l'heure …

Et puis, vient un moment inoubliable : prévu ? pas prévu ? Toujours est-il que pour sa dernière chanson, la scène est envahie d'artistes qui viennent accompagner Brassens pour une ode à l'amitié : "les copains d'abord".

Un grand moment.

La fin du spectacle s'accompagne comme d'habitude d'innombrables rappels et gentiment, son ineffable sourire masquant la douleur, Georges le grand va saluer à nouveau son public, cet ogre insatiable à qui il doit tout.

Ce public exigeant qui lui a fait transgresser ses propres règles de pudeur en l'obligeant à accepter cette cérémonie des saluts qu'il abhorrait profondément.

Ce public exigeant qui ignore que ce 20 mars 1977, à Bobino, ce sera la dernière apparition sur une scène de monsieur Georges Brassens.

On m'a affirmé qu'il serait parti vers les prairies des amitiés éternelles le 29 octobre 1981.

Mais les grands poètes ne meurent jamais.

Non, jamais...

 

 

 

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commentaires

D
Georges Brassens a tiré le rideau de la dernière scène comme un Grand et avec classe. Il y a en effet des artistes inoubliables. On l'écoute encore aujourd'hui et ce n'est pas fini. Dans cent ans,<br /> dans mille ans, si on revient, on l'entendra chanter à nouveau dans les rues. C'est un bel éloge que tu lui fais. Il était rebelle, voyait les choses à sa façon et ne se privait pas pour le<br /> chanter. Et tous ceux qui l'aiment le sont un peu aussi. Bises.
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A
<br /> <br /> Il était en chanson, un de mes amours d'antan...<br /> <br /> <br /> Il était comme ce vent : un amour d'Autan...<br /> <br /> <br /> Il était Monsieur Georges Brassens<br /> <br /> <br /> <br />
M
Et bien bravo.. pour moi .. c'était du vécu !!
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A
<br /> <br /> Je m'inspire des politiciens pour raconter le non vécu  <br /> <br /> <br /> <br />
M
Émotions! Souvenir d'une exceptionnelle soirée de ce grand artiste qui malgré ses douleurs continua de chanter jusqu'à la fin du spectacle. Merci de nous faire partager les souvenirs personnels que<br /> votre activité vous a fait vivre.<br /> Très précieux sont ces instants passés avec nos grands artistes vous avez du avoir une vie intéressante !
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A
<br /> <br /> Moi? pas plus que ça et c'est pourquoi j'envoie mon imagination faire ces voyages que je n'ai pas pu faire<br /> <br /> <br /> <br />
M
Quel bel hommage à ce cher Brassens qui nous a ému jusqu'ici, au Québec. Ce texte nous le fait vivre avec grande émotion. S'il eut fallu que Jean Bon vienne toucher un seul cheveux de sa mémoire,<br /> toute la salle le passait à la broche. Bises et grand merci pour ce rideau de scène mémorable.
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A
<br /> <br /> Môssieur Jean Bon est l'antithèse de l'émotion : il ne pouvait être dans ce voyage<br /> <br /> <br /> <br />
J
Ah là j'aime beaucoup cette page... Il ne trouva personne pour chanter ses chansons particulières alors après avoir insisté, son entourage, il les chanta et qui mieux que le compositeur pour se<br /> faire... Merci, jill
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A
<br /> <br /> On ne peut pas imiter les gens inimitables<br /> <br /> <br /> <br />

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  • : Marcus Santner
  • : La fée Lée qui s'est penchée sur mon berceau avait un lumbago carabiné mais elle m'a appris que même n'étant pas le meilleur, on peut sourire du pire.Ainsi, l'humour des mots m'a pris très jeune et ne m'a jamais lâché.Pourvou qué ça doure.
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