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25 avril 2013 4 25 /04 /avril /2013 14:59

http://www.histoire-image.org/photo/portfolio/den34_canella_001i.jpg

Le soleil est primesautier en ce mois de mai de l'an 1610 et les halles de Paris grouillent de marchands qui marchandent et d'acheteurs qui achètent.

-        Peaux ! mes belles peaux ! hurle un ambulant tirant une imposante charrette à bras.

Un tanneur s'approche et la palabre commence ; tout éventuel marchand ou chaland autour sait maintenant qu'on ne peut plus interrompre le duo tant qu'ils ne se seront pas séparés, affaire conclue ou non, c'est la règle.

J'ai voulu visiter ce ventre de Paris du XVIIème siècle et, pour ce, http://www.histoire-image.org/photo/portfolio/den34_gilbert_001i.jpgl'oignon du passé nous a transportés quatre siècles en arrière; moi et Bon, Jean Bon.

Au loin, la cloche de l'église St Pierre de Montmartre rappelle aux fidèles que la messe de dix heures les attend et moi, j'ai une cloche à côté de moi pour qui la messe l'appelle surtout dans un estaminet.

Vous avez reconnu mon Jean Bon d'acolyte plus ou moins alcoolique.

Non, je suis mauvaise langue : Jean Bon n'est pas alcoolique… disons qu'il aime bien le vin.

Et que le vin le lui rend bien.

Mon jambonneau ayant aperçu l'enseigne d'une taverne au bout de la rue de la Grande Friperie, le voilà qu'il fend la foule agglutinée devant un rôtisseur sans se préoccuper des protestations de la foule en question qui se demande pourquoi il ne contourne pas cet amas d'affamés; http://sr.photos3.fotosearch.com/bthumb/CSP/CSP622/k6226445.jpgcertainement parce que lui n'est pas affamé : il est assoiffé.

-        Viens, Alex, y'a de la place !

Comment résister à une invitation aussi fraternelle ?

Nous voilà assis à la grande table de la taverne du Cheval Blanc où toute une faune est accoudée.

Y'en a de tous les genres, de tous les types et de toutes les couleurs : du petit crotteux couvert de poussière des grands chemins au grand bandit couvert de crottes des petits chemins en passant par le gueux grand buveur couvert des dettes du chemin de l'oubli .

De tous acabits, vous dis-je et mon ami goret s'y sent comme un poisson dans l'eau car il n'est que l'eau pour poisson qu'il tolère… Et encore !

Nous buvons ainsi deux pintes d'une infâme piquette que le patron nous a servis sans hésitation et sans questionnement.

http://i41.servimg.com/u/f41/11/21/59/07/marcha10.jpgEn face de nous, un bouseux proprement vêtu écluse en silence pintes après pintes et tout naturellement mon jambonneau l'interpelle :

-        Hola ami, ton gosier doit être bien sec pour que tu l'arroses ainsi !

-        Ho non, messires, je ne fais juste que noyer mon impuissance,

-        Ha ? parle-nous de l'objet de ton chagrin et je t'offrirai de quoi l'asperger d'un peu de réconfort.

Ceci disant, je lève le bras pour faire venir le tavernier qui arrive en grognant :

-        Hé François, dit-il en s'adressant à notre invité, tu ne crois pas avoir assez bu ? Tu vas encore te faire attraper par ton épouse…

-        Qu'elle aille au diable, éructe le François qui boit trop, c'est justement à cause d'elle que j'ai envie de l'aide de Bacchus…

-        Allez, gémit le tavernier, il va encore nous servir son couplet sur le repas du dimanche, vous allez voir

-        Ben oui ! Je vais le servir à qui veut bien l'entendre ! C'est pas humain de vivre dans ces conditions !

-        Heu… gentil damoiseau, veux-tu nous expliquer les raisons de ton courroux, roucoule Jeannot le Bon jambonhttp://www.linternaute.com/musee/image_musee/540/55836_1272878693/henri-iv.jpg

-        Vous avez entendu parler de la poule au pot ? nous demande le courroucé

-        Ma foi… oui, et que doit-elle nous apprendre ?

-        Ben, voilà, je me mets à table, humorise François, voici deux ans, le bon roi Henri à déclaré que tous ses sujets de France et de Navarre devait manger la poule au pot le dimanche… Alors, moi, le premier dimanche après cette fastueuse déclaration, je rentre à la maison et je sens un fumet merveilleux… Je me mets à table et ma mie m'apporte une soupière dans laquelle nageait une poularde au milieu de légumes du marché…Vl'à mon ami, me susurre la femme de ma vie, c'est la poule au pot du bon roi Henri, régale toi parce que j'y ai passé la matinée. J'ai goûté et effectivement, j'ai trouvé ça très bon. Le dimanche d'après; ma mie avait encore passé la matinée à me préparer la poule au pot du bon roi Henri et j'en ai mangé à m'en faire péter la sous ventrière…

http://ts1.mm.bing.net/th?id=H.4593833592095612

-        Et ? quémande le gros pris par l'action

-        Et le dimanche d'après, j'ai eu droit à la poule au pot du bon roi Henri encore une fois… Le dimanche suivant pareil et le dimanche d'après itou et voilà plus de cent dimanches que je suis obligé de me taper cette putain de poule au pot de ce foutu roi Henri ! J'en ai ras la glotte de la poule au pot, moi !

-        Il est vrai, qu'un galant qui va conter fleurette à une lady de Nantes, c'est déjà pas très catholique, moralise le gros, mais calme toi ami, je vais commander un grand pichet de vin pour t'aider à oublier.

Mais hélas, notre François avait la mémoire si tenace qu'il nous a fallu commander cinq pichets supplémentaires.

Ce n'est que deux heures plus tard que, rond comme une queue de pelle, vociférant des menaces envers cet empaffé de bon roi Henri, que François se lève et, comme un fou sort, tout rouge, de la taverne du Cheval Blanc.

Pourtant, le printemps aurait pu être clément en ce 14 mai 1610…

Rouge violacé et dans une colère assassine, notre François remonte la rue de la Grande Friperie et bifurque vers la rue de la Ferronnerie.

Il se heurte alors à une sienne connaissance qui, surprise, lui dit:

-        Hé Ravaillac, où cours-tu ainsi avec ce grand couteau ?

http://www.linternaute.com/musee/image_musee/540/56030_1187779273/assassinat-d-henri-iv-et-arrestation-de-ravaillac---charles-gustave-housez.jpg

Note de l'auteur : N'en déplaise aux pointilleux et autres scrupuleux défenseurs acharnés de l'histoire de France, Henri de Bourbon, roi de France et de Navarre, a bel et bien été assassiné le 14 mai 1610 rue de la Ferronnerie à Paris, par un nommé François Ravaillac; l'alcooltest n'existant pas, la seule incertitude demeure le degré d'alcoolémie dans le sang de l'assassin mais on peut l'estimer, au pif, à plus de trois grammes.

Interviewé après le drame, Ravaillac aurait juste dit: "Ca m'a scié les jambes" précédant ainsi sa réflexion lors de la lecture de son chef d'accusation : "Les bras m'en tombent".

 

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commentaires

M
Est-ce vrai ce mensonge ? Bon WE !
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A
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M
Le bouillon de poule est fort curatif. Je n'irai pas jusqu'à dire que Jean Bon sait l'art culinaire, mais il a l'art de ne pas se mêler de ses oignons. Une outre à vin que dis-je, un tonneau sur<br /> deux pattes qui change le cour de l'Histoire de la Vieille France à chacune de ses prestations. Ici, grâce à lui, le bon roi Henri eut droit au bouillon d'onze heures par la main égarée de<br /> Ravaillac, compagnon de beuverie du goret Jean Bon. Heureusement qu'ici encore une fois, le cél`bre Alex de la TEF, nous remet les pendules à l'heure de vérité. J'adore ces récits qui osent dire<br /> toute la vérité. Gros bisous à l'auteur fidèle à sa renommée pour le rire franc.
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A
<br /> <br /> Heu... Il n'est pire vérité que celle qu'on invente.<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> <br />
D
Mais au moins le bon roi Henri IV est mort en bon catholique. Paris lui devait bien une messe. Ça valait ça. J'ai mangé sa poule au pot, ma belle-mère en faisait. C'était bon pourtant.
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A
<br /> <br /> Les belles mères ont deux spécialités culinaires : la poule au pot pour les belles filles qui n'ont pas de chance et le bouillon de onze heure pour les belles fillles qui leur tiennet tête.<br /> <br /> <br /> bises<br /> <br /> <br /> <br />
J
Petites causes grands effets...il voyait l'avenir ce futur écartelé !
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A
<br /> <br /> Il était surtout écartelé entre la vision de sa poule et le fait qu'il n'avait pas de pot  <br /> <br /> <br /> <br />
L
Il avait fait cadeau aussi de la poule au pot à Lady de Nantes ? Ou bien cadeau de son cheval blanc ? En fin de compte, sa tolérance et sa générosité se sont retournées contre lui.
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A
<br /> <br /> Mais non ! C'est Lady de Nantes qui était sa poule et quand il l'a vue accroupie sur ses envies, il a déclaré : "C'est la poule au pot!"<br /> <br /> <br /> <br />

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  • : La fée Lée qui s'est penchée sur mon berceau avait un lumbago carabiné mais elle m'a appris que même n'étant pas le meilleur, on peut sourire du pire.Ainsi, l'humour des mots m'a pris très jeune et ne m'a jamais lâché.Pourvou qué ça doure.
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