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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 22:38

Ho là là, mes amis: quelle histoire !

Cunégonde, notre Cunégonde, fille des terres lointaines chères à Jacques Cartier, cousine d'entre les cousines et participante active à la vie de la gang band, hé bien notre bien aimée Cunégonde est trainée devant la justice par le secrétariat d'état délégué aux musées du ministère de la culture française, pour vol de sourire !

Comme je vous le dis.

Et nous voici tous à son procès dix jours après les faits car, vu la gravité de l'accusation, elle est jugée en comparution immédiate pour "atteinte à l'intégrité humoristique de Léonard de Vinci" sous prétexte, disent ces malfaisants, qu'elle aurait volé le sourire de la Joconde…

La salle est pleine à craquer et Courtecuisse aussi; pensez : on attaque sa Cunégonde !

Tous les magistrats sont là, engoncés dans leur robe à la mode, l'air aussi coincé qu'un constipé qu'aurait pas vu sa lunette depuis cinq digestions.

Notre avocat, maître Cinquante, un des plus grands baveux du barreau de Cheese et de Paris réunis, toise d'en bas ses futurs adversaires; ses nombreux effets de manches pourraient laisser à penser qu'il pourrait être un peu british mais un torrent de galets roule dans son accent, affirmant ainsi ses origines Toulousaines, con.

La pauvre Cunégonde, prisonnière dans le box des accusés, a l'air de ne pas avoir l'air mais rien qu'à la voir, nous qui la connaissons bien, on a envie de chanter : "Elle a les chocottes ! (bis)" sur l'air des lampions.

-        La cour !  Annonce l'huissier d'une voix triste et blasée. Si ça se trouve, il était déjà là au moment de l'affaire Dominici…

Le trio de magistrats fait son entrée, l'hermine tranchant entre le rouge et le noir, l'œil droit tranchant avec le gauche et le geste sec tranchant avec le billot déjà installé dans les têtes…

Avant d'asseoir son auguste fessier, le premier président fixe notre Cunégonde qui, aussi sec, mouille sa culotte.

Fouille ouille ouille, c'est pas gagné !

A ce moment Courtecuisse se lève et bégaye :

-        Dura lex sed… certainement pour impressionner la cour mais Frappe-qu'un-coup y file une mandale pour le faire taire et il se rassoit en terminant :

-        Lex… puis s'endort du sommeil du juste… bourré.

C'est au tour de l'huissier de nous débiter d'une voix monocolore qui frise le monologue monostyle  du monopole.

-        Attendu que:   etc etc… Le tribunal fait comparaitre la dame Cunégonde devant nous pour répondre au délit de vol de sourire aux dépends de la suce nommée Joconde et de son popo Léonard de Vinci…

-        Vous pouvez vous asseoir… La parole est à l'accusée ! Maître Cinquante qui n'attendait que ça, saute son banc à pieds joints et se jette au milieu de la salle d'audience, la mine conquérante, le verbe  haut et la manche au quatre vents :

-        De quoi accuse-t-on ma cliente ? Hein ? je vous le demande ! Puis, se tournant vers Cunégonde

-        Au fait, c'est vrai ça, de quoi qu'on vous accuse ?

-        Heu…  Les yeux battus, la mine triste et les joues blêmes de Cunégonde la font ressembler au pauvre Bambino, peuchère… comme aucun son n'arrive à sortir de sa bouche de dégout, elle fait mine de gratter sur sa mandoline…

-        Enfin, questionne le procureur général de brigade au bout d'un grand silence, est-elle muette ou aphone ?

-        Ou ça ? demande le juge un peu perdu

-        Ha, vous, monsieur le bâtonnier, ne commencez pas à nous mettre des bâtons dans les trous, hurle notre avocat vinaigré par la tentative de détournure,

-        Calmez-vous, ou je fais évacuer la salle ! balance le juge, à tout hasard.

-        Déjà ? s'étonne l'huissier de justesse qui sent qu'il va rentrer plus tôt chez lui

-        J'appelle le seul témoin de la partie civile ! Hurle le président qui sent qu'il n'est déjà plus présidentiable, veuillez décliner vos nom, prénom, âge et qualité

-        Manvusa, Gérard, environ 50 ans et excellente

-        Excellente ? qu'est-ce à dire ? s'intrigue le procu

-        Ben, m'sieu, c'est ma qualité qui est excellente : je suis né dans une famille décomposée de parents pauvres et voleurs et malgré ce….

-        Ca Vaaaaa ! Qu'avez-vous à déclarer ?

-        Pas la guerre en tous cas…

-        Il se fout de nous ou c'est la caméra invisible ? demande le juge à son ascenseur

-        J'étais au musée du Louvre en train d'admirer le portrait de la Jocrisse, reprend calmement le témoin à charge, quand cette dame est venue se planter devant la peinture…

-        Je suppose que vous parlez de la Joconde et non de la Jocrisse, précise le procu dubitatif

-        Supposez… supposez et il en restera bien quelque chose, philosophe Gérard Manvusa, brèfle, après deux minutes de contemplation jubilatoire, cette dame se retourne et que vois-je sur son visage énigmatique ? Le sourire de la femme peinte par le grand Léonard !

-        Cohen ? Hasarde le procu

-        Alléluia, répond le président

-        Objection ! objecte alors notre avocat du diable, le fait que ma cliente sourie comme la Joconde ne signifie pas qu'elle ait volé son sourire ! La preuve, monsieur le président, votre huissier a une tronche perfide et pourtant on sent nettement qu'il n'a pas inventé l'eau sucrée.

-        Mon huissier ? Il vous dit merde !

-        Notez, greffier, insulte à un honnête avocat dans l'exercice de sa ponction, clame victorieux maître Cinquante en se tournant vers la salle en délire.

-        Arrêtez, je vous demande de vous arrêter ou je fais évacuer la salle !

-        Pas chiche, murmure l'huissier qui en a marre d'en prendre plein sa tronche.

A cet instant on sent qu'on va le perdre, notre président, et dans un sursaut de lucidité le procu prend son maillet et se met à taper comme un sourd sur la tête d'un clou qui dépasse en espérant secrètement que ce sera le clou de la soirée.

Epuisé par tant d'incompréhension, le président se met à sangloter à gros bouillons.

-        Bouhouu hou hou, j'en peux plus, maman, bouhouu, tu avais raison… sniff, moi qui aurais aimé être un artiiiiiiisteu !

-        Pour pouvoir faire son numérooooooo ! reprend le chœur des magistrats

-        Quand l'avion se pose sur la piiiiiiiisteu ! répond la partie civile

-        A Rotterdam ou à Rioooooooooo ! conclut la défense.

Ça commence à vraiment sentir le procès d'intention et je me dis qu'il faut tirer Cunégonde des griffes de l'injustice ; je fais un signe ostentatoire au procu : je le regarde fixement, puis je passe mon pouce tendu sous ma gorge de gauche à droite et, dans le cas où il serait de gauche, je recommence dans l'autre sens… la manœuvre est adroite car l'ex futur égorgé reprend le maillet de la justice et se met à taper sur la tête  du premier président qui soulève sa robe et s'enfuit en hurlant :

-        Accusé Cunégonde, vous êtes graciée !

-        Ha ça ira, ça ira les aristocrates à la lanterne ! entonne l'huissier qui plie ses gaules pour rentrer chez lui,

-        Ha ça ira, ça ira les aristocrates on les pendra ! reprend en cœur la salle en délire.

Libérée de tant d'insoutenable incertitude, toute la gang band se tombe mutuellement dans les bras, se congratule et se congratouille jusqu'à ce qu'on gratouille à la porte du tribunal : c'est le baron P de la B qui arrive en retard car il s'était trompé de tribunal… il avait cru qu'on avait rendez vous au tribunal des flagrants délires.

Oui mais voilà, Pierre Desproges, Claude Villers et Luis Régo ont transporté le dit tribunal la haut : au pays de l'humour éternel…

Si vous voyez ce que je veux dire !

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commentaires

E
Tout ça pour un sourire? Et oui, car un sourire pourrait changer la face du monde...
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D
Ce fut un débat passionnant où un avocat pourri se rit d'un délit reconnu comme étant aussi grave que celui du vol du sourire de la Joconde. De là où il est, de Vinci peut être soulagé. Monsieur<br /> Poissard nous décrit la scène comme un grand artiste de la Seine.
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A
<br /> Et de la Seine St Denis :-)<br /> <br /> <br />
M
J'en découvre de belles ici. Assurément j'irai voir sur youtube ce trio au tribunal. Et Marcus, tu me ressembles quand on se met à rire à s'étouffer et que les autres nous croient barjots. Quoique<br /> dans mon cas, je ne jurerais de rien. ha,ha,ha. Bon mardi chez vous.
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A
<br /> <br /> Il y a des morceaux d'anthologie avec le tribunal des flagrants délires : dans le genre, on a jamais fait mieux.<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> <br />
J
encore une chance c'était le sourire de la Joconde t'imagines les bras de la Venus de Milo ou la cuisse de Jupiter !<br /> Cunégonde coite ça n'est pas tous les jours...<br /> Le trio du tribunal du temps où les humoristes avaient de l'humour, SOS qu'ils reviennent. je porte plainte et les accuse de désertion .<br /> <br /> bizzzzzzzzzzzzzzzz
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A
<br /> <br /> Les vrais humoristes ont encore de l'humour mais il n'est pas commercialement correct...<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> <br />
L
Salut Marcus ! Te souviens-tu de Frédéric Pottecher ? C'est lui qu'il aurait fallu pour commenter cet épique procès !<br /> Page de liaison à faire, comme d'hab ! A plus, bizzz, et à Marie Louve.
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A
<br /> <br /> Il vivait le procès et ses intonations avaient l'accent du mélodrame... Belle époque<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> <br />

Présentation

  • : Marcus Santner
  • : La fée Lée qui s'est penchée sur mon berceau avait un lumbago carabiné mais elle m'a appris que même n'étant pas le meilleur, on peut sourire du pire.Ainsi, l'humour des mots m'a pris très jeune et ne m'a jamais lâché.Pourvou qué ça doure.
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