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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 18:13

 

 

Ce matin, m'a fallu me lever à six plombes pour choper le TGV de huit heures qui doit m'emmener dans la capitale avant midi.

Y'a pas: le progrès nous apporte bien des satisfactions quand on pense que lorsque j'étais gamin il fallait neuf bonnes heures pour le même trajet, que mon père faisait ça en une journée et que mon grand père préférait rester chez lui tellement c'était long.

La grande question à se poser, c'est de savoir ce qu'on fait du temps qu'on gagne…

Comme disait un illustre musclé du cerveau : "Plus on va vite, plus le temps est court" 

Donc, plus on court vite, plus vite on est à court ? J'entends d'ici l'annonce des résultats du cent mètres aux œufs jolympiques : "Premier Usain Bolt en neuf petites secondes et cinquante six infimes centièmes, deuxième Asafa Powel en neuf énormes secondes et soixante quatorze interminables centièmes"

Grève de plaisanteries, me voici donc dans le dur hyper rapidos Montpellier Paris, de temps en temps croisé par un autre TGV; au moment du croisement, ça fait un 'wrouf" qui te bouche les feuilles et un quidam me dit : "Tiens, dans le TGV qui vient de nous croiser j'ai reconnu un copain d'enfance." Ah je vous jure, y'en a qui n'hésitent pas à envoyer le bouchon...et moi de lui répondre: "lequel, celui qui a les yeux bleus ? "

Je m'assois dans les places du milieu, vous savez là où qu'il y a cinq places en vis-à-vis des deux côtés de la travée ; c'est là où l'on peut causer avec le monde parce que c'est duraille de faire semblant d'ignorer son vis à vue très longtemps ; même les plus bigleux n'y arrivent pas.

En face un couple traine son ennui en faisant semblant de lire sauf que le "Paris Match" du gonze est à l'envers et que sa gerce, avec son regard chafouin, n'arrête pas d'espionner le monde par-dessus son "Elle". Sa ressemblance avec la Thatcher est tellement frappante que son julot doit avoir des bleus.

De l'autre côté de la travée, un ex militaire à la retraite. Vous allez vous demander comment je le sais ? Ben c'est simple, ce devait être un adjupète vu qu'il a toujours ses doigts sur la couture de son fals.

A côté de lui un gamin d'une dizaine d'années, tout mignon, tout bien droit, le regard perdu dans les vagues de ses vacances au Grau du Roi, et à côté de lui, un cuisinier abîmé dans ses réflexions. Là aussi, comment je le sais ? C'est que lui il est fringué d'un costard trois pièces cuisine avec des preuves de sa dernière préparation sur le gilet : tomate et jaune d'œuf saupoudrés aux herbes de Provence.

J'engage la palabre avec lui et il raconte à qui veut bien l'esgourder qu'il se tire de son sweet home car sa greluche n'arrête pas de cavaler because qu'elle l'a chopé un jour en galante compagnie et dans une position sans équivoque. "Mais, rajoute-t-il, un tantinet tristounet, y'a pas offense car en cuisine on affirme bien que saucer n'est pas tremper…"

S'il le dit, hein ? C'est pas moi qui vais le contrarier.

C'est à ce moment que le niston rêveur se met à sangloter doucement.

-        Qu'est-ce qu'il t'arrive petiot s'enquiert le cuistot, c'est mon histoire qui te fais pleurer ?

-        Non…Oui... je … je… et v'la qu'il se met carrément à bramer

-        Ne pleure pas comme ça minaude la chafouine, explique nous ce qu'il y a

-        Ma ma… maman… elle aussi est partie de la maison en laissant mon papa tout seul

-        Hoooo c'est que ça ? Mais, quand j'étais enfant, ma maman elle aussi nous a abandonnés pour partir avec un monsieur, et tu vois, je n'en suis pas morte.

-        Bouhhh larmoie le gamin, pas rassuré par les affirmations de la vioque

-        Ben, et moi j'en suis la preuve vivante, couine le cuistot, et je m'en tape !

-        Et moi aussi rajoute son mari, fort mari, qui ne lit plus "Paris Match" à l'envers  ma mère elle nous a quitté quand j'avais dix ans et ça ne m'a pas empêché de vivre ma vie

-        Bouhhh houuu houuu

-        Et moi aussi renchérit une dame qui s'est arrêtée dans la travée, moi ma mère est partie avec un représentant de commerce alors que j'avais douze ans et mon père s'est remarié avec une dame qui avait beaucoup d'argent et je ne regrette rien car j'ai eu une autre vie, mon petit.

-        Moi aussi s'exclame le contrôleur attiré pas le bruit et même que ma mère à moi elle a fini sur le trottoir, cette salope!

Je ne sais pas si ça vous est déjà arrivé d'être au centre d'une conversation qui tourne à la surenchère exponentielle, mais je vous garantis que vous avez envie que ça stoppe.

J'ignore ce qui m'a traversé l'esprit à ce moment là, mais j'ai juste entendu ma bouche prononcer ces paroles de paix:

"Heu… excusez moi, m'sieurs dames, mais parmi vous y'aurait pas un fils de putes qui pourrait me donner l'heure?"

Là, je ne vous raconte pas le murmure vengeur accompagné des regards mitrailleurs qui m'ont portés illico sur le bucher de la honte bienséante. "M'enfin, môssieur, pour qui vous prenez vous? Et devant un gosse en pleur, qui plus est…"

Ah ça! C'est bien la France et ses français, ça ! Donneurs de leçons mais incapables d'entendre leur réalité.

Si, en France, on devait rayer des recensements tous les enfants illégitimes, c'est pas soixante millions qu'on serait, mais six millions, pas plus ; Immigrés compris !

C'étaient les mêmes qui pendant l'occupation appelaient leur service  de sécurité Pétainiste : "Allo, la police, je ne voudrais pas dénoncer, mais que veut dire ce "shalom" que mon voisin me dit quand il me croise dans les escaliers ?"

Ne voulant pas effrayer cette France puritaine et ronronnante, je me lève; comme nous arrivons à Montélimar et que j'ai envie de me dégourdir les nougats,  je change de place et m'assoie dans une travée de club de cruciverbistes solidaires.

Ils sont quatre plongés dans leur réflexion car le cinquième vient de donner aux autres la solution du mot à trouver:

-        Secret de femme, en trois lettres…Une petite maigrichonne, sosie d'Alice Sapricht après une dépression nerveuse, annonce timidement :

-        Age?  Et devant l'acceptation unanime, elle inscrit sa trouvaille sur sa grille.

-        Sombre héros en six lettres et ça commence par Z envoie le maître devant des tronches chercheuses de chercheurs qui cherchent

-        Zorro? Propose un petit gros qui prend deux places

-        Mais non andouille, Zorro ça prend cinq lettres rectifie l'envoyeur de définitions

-        Zapata! s'exclame le repris de justesse, sombre héros, ça fait sombréro ! c'est un mexicain !

-        C'est bon assure l'assistance tolérante avec les beaufs

-        Hé, facile, continue le rase motte, j'en connais un, de mexicain

-        Et moi j'ai jamais vu un mec si con  hurle avec les yeux l'homme assis à côté de lui

-        Ah, facile, continue l'annonceur, on a déjà les six dernières lettres : ouille, il ne manque plus que la première, voici la définition: se vide quand on tire un coup… les visages passent par plusieurs stades avant que, au grand soulagement de l'assemblée, la maigrichonne s'écrie:

-        Douille ! Et là, son voisin tout rouge demande :

-        Heu… quelqu'un a-t-il une gomme?

Ah mes poteaux, je vous le garanti sur facture, c'est dans les trains que vous pouvez franchement regarder la France profonde dans le blanc des mirettes et non pas dans les bagnoles de l'égoïsme qui nous polluent la gueule au nom de la sainte frime. L'idéal, comme aurait dit Alphonse Allais, serait qu'on transporte les voitures dans des trains. Y'en a qu'on essayé, mais ils ont eu des problèmes*…

Là, je sens qu'il va y en avoir un paxon de pas d'accord avec mézigue, mais j'accepte les critiques surtout si elles sont sympas et qu'elles m'encensent comme dirait Otis.

 

* Dixit Régis et Philipe

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commentaires

A
Truculent à souhait. Ce pourrait être écrit par le grand Frédérix Dard !<br /> J'adore !
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  • : Marcus Santner
  • : La fée Lée qui s'est penchée sur mon berceau avait un lumbago carabiné mais elle m'a appris que même n'étant pas le meilleur, on peut sourire du pire.Ainsi, l'humour des mots m'a pris très jeune et ne m'a jamais lâché.Pourvou qué ça doure.
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